Pour être le réalisateur de carnages tels que la trilogie Pusher
et, dernièrement, Bronson, le Danois Nicolas Winding Refn ne risquait pas de
faire dans la dentelle avec cette histoire de Conan le barbare muet, hache
greffée à la main, toujours sur le qui vive dès qu’il peut y avoir moyen
d’éventrer ou décapiter ses bourreaux ou acolytes de circonstances. D’ailleurs,
il n’y a pas de secret. L’ultra-violence est le leitmotiv qui caractérise
chacun (ou presque) des personnages de ses films. Le comportement radical et
destructeur de ce Guerrier silencieux - très bien joué (ou plutôt mimé) par un
autre mangeur de salami, Mads Mikkelsen (Le choc des Titans, After the wedding)
-, à l’égal de celui du taulard bestial Bronson, traduit une vision particulièrement
nihiliste voire misanthrope du réalisateur. Cette obsession est un nouveau
prétexte à mettre (plutôt bien) en scène une violence visuelle et racoleuse
facile, et, plus ennuyeux encore, rébarba(r)tive. De façon moins manifeste que
pour Bronson, Winding Refn s’abstient toutefois d’être convaincant dans son
récit, même si on a bien saisi l’idée convenue que la prédication ce n’est plus
très bien aujourd’hui car elle est source d’injustices et sauvageries. Le
distributeur a beau prétendre que One-Eye (il est borgne c’est pour ça) est
"venu pour en finir", ses desseins et cicatrices intérieures, s’il
en a vraiment, sont transparents. Prêt à tout pour épater le public en metteur
en scène puncheur qu’il est, Winding Refn y va même, dans les derniers chapitres
du film (ah oui, il est composé de six chapitres, mais ça ne change rien au
problème), d’une allusion contrefaite et mystique au Apocalypse now de Coppola. Le son
strident et peu musical qui augmente, le mec transpercé par une flèche
venue de nulle part, d’autres qui commencent à se rouler dans la boue sans
raison, le One-Eye qui fait une pyramide de Lego (en pierre évidemment), tout
cela sur ou au bord d’un fleuve entouré d’une forêt nébuleuse et hostile… on se
croirait arriver dans le repaire du colonel Kurtz. Mais en fait non. C'est fou ce que le Scandinave peut être fourbe.
Avec Mads Mikkelsen, Maarten Steven, Jamie Sives, ...
Année de production : 2009
Avec la sortie il y a deux semaines de Crime d’amour,
j’aurais pu me prêter au petit jeu de la filmographie hiérarchisée d’Alain
Corneau (à l’instar de celle de Bertrand Blier dont Le bruit des glaçons est à
l’affiche). A l’image du réalisateur de Tenue de soirée, j’aurais pu également avancer
que la carrière de Corneau déclinait dangereusement, mais là n’est plus l’essentiel.
Car Alain Corneau est mort, avant-hier, des suites d’un cancer. C’est bien
triste humainement, et symboliquement regrettable d’un point de vue artistique.
Digne successeur autour des années 70’s-80’s de l’âge d’or du polar à la française, auteur d’inévitables succès tels que Police python 357, Série noire et Le choix des armes, Corneau n’avait que 67 ans. Il ne reviendrait plus à son genre de prédilection que par intermittence (Le cousin en 1997 avant Le deuxième souffle en 2007, son maladroit hommage à Melville). Au fil des années, son âpreté caméra au poing avait laissé place à des projets disparates plus ou moins personnels : Fort Saganne (plus gros budget du cinéma français à l’époque), Nocturne indien, Le nouveau monde. Grâce à Tous les matins du monde, en 1992, il rencontrait une dernière fois un plébiscite critique récompensé des César du meilleur film et meilleur réalisateur. Bien entendu il avait tourné avec les plus grands comédiens de son temps : Yves Montand, Patrick Dewaere, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Philippe Noiret, Daniel Auteuil. Pour ne pas la mésestimer, son œuvre exige d’être revisitée. En voici déjà cinq.

1. Le choix des armes
2. Série noire
3. Police python 357
4. Fort Saganne
5. Le cousin
- Les films favoris des internautes -
(à vos votes)
Parution dans Crime d'amour, La Guerre des miss, Quand ça swingue fort, l'argent rentre à flot et Jésus est heureux
Dans la famille Blier, je vous présente non pas le père Bernard, immense et rondouillard comédien disparu en 1989, mais le fils Bertrand, metteur en scène unique, aussi populaire et adulé pour les films de sa première moitié de carrière qu'isolé et vecteur de scepticisme pour celles, plus personnelles et inclassables, de ces vingt dernières années. Le bruit des glaçons, son dix-septième long-métrage sorti mercredi, promet l'absurdité iconoclaste tantôt adorablement surprenante, tantôt décourageante qui n'a jamais cessé d'habiter son œuvre. Et le duo d'acteurs très tendance Jean Dujardin-Albert Dupontel renvoie évidemment aux paires les plus savoureuses concoctées jadis par Blier : Depardieu-Dewaere (Les valseuses, Préparez vos mouchoirs), Depardieu-Michel Blanc (Tenue de soirée), Coluche-Thierry Lhermitte (La femme de mon pote), Bernard Blier-Depardieu (Buffet froid). Sans oublier les personnages féminins souvent malmenés et génialement interprétés (Miou-Miou, Carole Laure, Carole Bouquet,n Josiane Balasko...) Bien que toujours en marge d'un cinéma français conventionnel, le réalisateur également de Beau-père, Merci la vie, Trop belle pour toi et Notre histoire a souvent remporté de prestigieuses récompenses : Oscar du meilleur film étranger, César du meilleur film et Grand Prix à Cannes.La filmo de Bertrand Blier en détails : IMDB, Allociné, Cinéfriends, Wikipédia.

1. Les valseuses
2. Tenue de soirée
3. Buffet froid
4. Préparez vos mouchoirs
5. Beau-père
- Les films préférés des internautes -
(les votes sont continuels)
(merci de leur participation à Pierrafeu et Dasola)

1. Buffet froid (28 points, 3 fois cité, 2 fois premier)
2. Beau-père (23, 3, 0)
3. Tenue de soirée (18, 2, 0)
4. La femme de mon pote (13, 2, 0)
5. Les valseuses (10, 1,1)
6. Trop belle pour toi (8, 1, 0)
7. Notre histoire (7, 1, 0)
7. Préparez vos mouchoirs (7, 1, 0)
Parution dans Marco Perrin, Le Bruit des glaçons, A l'insu de mon plein gré (projet)
Les films

(******)
* SHUTTER ISLAND de Martin Scorsese (USA). Le plus little big cinéaste de ces trente dernières années + un scénar' béni (merci aussi Dennis Lahane) et une mise en scène méticuleuse + un acteur magnétique et éblouissant = un polar totalement maîtrisé que l'on croirait sorti de l'esprit d'un jeune loup. La grosse fo-forme le Marty !
* TOY STORY 3 de Lee Unkrich (USA). Nouvelle preuve grandiose du génie cinématographique et technique des merveilleux studios Pixar. L'un des dessins animés les plus complets jamais créés et sans conteste le meilleur 3e épisode toutes sagas confondues. (la critique)
(*****)
* INVICTUS de Clint Eastwood (USA). Quand maître Clint nous émeut encore et toujours avec cet éveil des consciences sous la forme du portrait d'un grand homme de notre temps : poignant.
* BROTHERS de Jim Sheridan (USA). On pensait le réal' d'Au nom du père et du très beau In America éloigné du devant de la scène pour toujours mais il retrouve son prestige passé en renouant avec son thème fétiche : les liens de la famille éprouvés par une disparition (et la guerre). Un p'tit côté Taxi driver bien senti et un trio épatant de futurs très grands comédiens.
* LOVELY BONES (The lovely bones) de Peter Jackson (USA/GB/Nouvelle-Zélande). Quatre ans après King Kong, Môssieur Jackson sonne un retour poétique et troublant articulé autour d'un thriller-fantastique édifiant.
(****)
* L'ELITE DE BROOKLYN (Brooklyn's finest) d'Antoine Fuqua (USA). Un très bon policier à la fois sombre, efficace, avec des flics entiers jamais confondus au rang de héros. Une très bonne surprise par le réalisateur de Training day. (la critique)
* REPO MEN de Miguel Sapochnik (USA/Canada). Thriller SF bien meilleur qu'il n'y paraît, aux idées parfois convenues mais à l'intrigue intacte et non sans surprises qui amène le personnage de Jude Law à subir un sort semblable à celui de Tom Cruise dans Minority report. (la critique)
* INCEPTION de Christopher Nolan (USA/GB). Du cinéma sensationnel, explosif et impressionnant dans sa mise en scène mais délibérément tape-à-l'œil... pas de doute c'est bien du Nolan. Au fait, y'a-t-il "réellement" un scénar' dans cette histoire? (la critique)
* ESCAPADE FATALE (A perfect getaway) de David Twohy (USA). Le petit thriller qui ne paie pas de mine et qui monte, qui monte et qui démonte.
* AGORA d'Alejandro Amenabar (Espagne). Le péplum retrouve ici une certaine légitimité au travers d'une bataille inégale entre le fanatisme et le prosélytisme religieux d'un côté et la quête de vérité scientifique dénoncée comme une hérésie de l'autre. Une fresque antique atténuée par quelques lourdeurs et raccourcis visibles.
* MOON de Duncan Jones (GB). Un SF/fantastique beau et inachevé primé à Fantastic Arts en janvier. Avec le trop épisodique Sam Rockwell.
* MOTHER de Joon-ho Bong (Corée). Le réalisateur de The host exécute un drame policier bien huilé et dérangé. (la critique)
* CRAZY HEART de Scoot Cooper (USA). Un faux biopic country plus soft que The wrestler mais plus touchant. Avec, évidemment, un grand Jeff Bridges oscarisé.
* A SERIOUS MAN de Joel & Ethan Coen (USA). Une juiverie fataliste des Coen Bro, sans tête d'affiche et distillée à un rythme de sénateur. Inattendu.
* NIGHT AND DAY (Knight and day) de James Mangold (USA). Le charme du duo Tom Cruise - Cameron Diaz opère efficacement pour ce film d'action à la James Bond plutôt drôle et carrément exubérant dans ses cascades. (la critique)
* BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLÉANS (Bad Lieutenant : Port of call New Orleans) de Werner Herzog (USA). La noirceur glauque de l'original d'Abel Ferrara est substituée par la folie adoucie d'Herzog qui apporte plus de fantaisies que de trouble à ce faux remake. L'illustration en est l'interprétation d'un Nicolas Cage au bord de l'asthénie et retrouvé, loin de la déchéance de l'intouchable Harvey Keitel.
(***)
* SPLICE de Vincenzo Natali (France/Canada) (sortie le 30 juin). Dix ans après son démoniaque Cube, Natali nous renvoie à une SF biologico-clonée minimaliste qui perd hélas en attrait par une conclusion téléphonée hors du coup. (la critique)
* THE LAST DAY (Haeundae) de Je-Gyun Yun (Corée du Sud) (sortie DVD le 6 juillet). Si les Asiatiques se mettent à faire du sensationnel à l'Américaine, où va le cinéma? Voici donc un film catastrophe vite plié au niveau... catastrophes mais qui sait resté très coréen dans sa panoplie de personnages pittoresques.
* GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE) de Joann Sfar (France) (sortie le 20 janvier). Le réalisateur-dessinateur, néophyte caméra en main? avait prévenu que son exercice était un hommage à son idole. C'est pour cette raison que ce faux biopic est dénué d'intérêt historique et cinématographique. Reste un moment divertissant qui met en avant les relations de Gainsbarre et ses différentes conquêtes amoureuses.
* SHERLOCK HOLMES de Guy Ritchie (USA/GB/Aus.) (sortie le 3 février). Quand le réalisateur d'Arnaques, crimes et botanique et Snatch adapte le flegmatique personnage de Conan Doyle, le résultat est forcément iconoclaste. Et aussi plus clinquant que convaincant, avec un Downey Jr. en grande forme et une bande son avantageuse.
* ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (Alice in Wonderland) de Tim Burton (USA) (sortie le 24 mars). Quand deux univers fantasques et atypiques - ceux de Lewis Carroll et Tim Burton - se rencontrent, l'effet n'est pas totalement celui escompté. Les excentricités de ce conte semblent bridées par un scénario immature qui atteindra essentiellement un public jeune.
* MILLÉNIUM 2 - LA FILLE QUI RÊVAIT D'UN BIDON D'ESSENCE ET D'UNE ALLUMETTE (Flickan som lekte med elden) de Daniel Alfredson (Suède) (sortie le 30 juin). Le polar mode suédoise reste bien énergique pour ce second volet dans la lignée du premier : efficace, rude mais manquant cruellement d'originalité et de nouveautés.
* THE GHOST-WRITER de Roman Polanski (France). Ce succès critique et populaire revêt cependant de grosses lacunes : intrigue alambiquée, aucune ferveur transmise au spectateur, dénouement bâclé et interprétation trop passive d'Ewan MacGregor. Le réalisateur du Pianiste ne semble pas s'être encore défait de ses tourments judiciaires.
* LE GUERRIER SILENCIEUX (Valhalla rising) de Nicolas Winding Refn (Danemark/GB) (sortie le 10 mars). Nouvelle boucherie (et non tuerie) du réalisateur de Bronson qui, sous prétexte de planter le décor à l'époque des vikings, s'enlise dans une violence systématique dépassée (la critique).
* DAYBREAKERS de Michael et Peter Spierig (USA) (sortie le 3 mars). L'idée du vampire dominant et exploitant l'humain pour son sang était bonne. Opter pour une orientation conformiste et simpliste ne l'est pas. Dommage. (la critique)
* LE CHOC DES TITANS (Clash of the Titans) de Louis Leterrier (USA) (sortie le 7 avril). Un mythe revisité par un tacherôn français né des plus mauvaises idées de Besson-producteur, c'est forcément pas très excitant. Schématique et peu efficace.
* 5150, RUE DES ORMES d'Eric Tessier (Canada) (non sorti en salles). Thriller claustro entaché de certaines extravagances, dernièrement Prix du Public à Fantastic'Arts.
* BLANC COMME NEIGE de Christophe Blanc (France) (sortie le 17 mars). François Cluzet reste sur la vague de son rôle de A l'origine pour ce polar tarabiscoté qui ne suscite guère d'enthousiasme.
* CHLOE d'Atom Egoyan (Canada / France). Le charme atypique du cinéma d'Egoyan s'estompe dans ce remake du Nathalie d'Anne Fontaine (Béart remplacée par le clone de Scarlett Johansson) qui vaut plus par ses velléités autour de la fragilité du couple que par une intrigue trop vite mise à nu. (la critique)
* LA HORDE de Yannick Dahan et Benjamin Rocher (France). Bourré de faiblesses et de poncifs (interprétation, personnages clichés, le dénouement...), cet hommage du cinéphage-geek Yannick Dahan au film de zombies n'est pour autant pas la purge annoncée. Il aura le mérite d'être un début de référence hexagonale au genre.
* PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL (Good) de Vicente Amorin (USA). Rien de nouveau avec ce portrait d'un prof allemand empêtré par sa liaison avec le Reich dans les années 1930. Pour la présence d'un Viggo Mortensen perturbé par l'uniforme SS.
* GIGANTIC de Matt Aselton (USA). Romance sans relief qui vaut surtout par l'interprétation de John Goodman et les frimousses de Zoey Deschanel et Paul Dano.
* MESURES EXCEPTIONNELLES (Extraordinary measures) de Tom Vaughan (USA). Un drame sur le thème de la maladie infantile tiré d'une histoire réelle. Nettement plus ennuyeux que touchant. Avec la présence inutile de Harrison Ford, et celle, forcément pénalisante, de Brendan Fraser.
* WOLFMAN de Joe Johnston (USA). Cette nouvelle version du mythe du loup-garou adapté d'un classique des années 1940 se révèle sans envergure ni (bonnes) surprises. Benicio del Toro s'y égare, n'y trouvant qu'un attrait pécuniaire dispensable.
* LES BARONS de Nabil Ben Yadir (Belgique). Une comédie avec des "Auvergnats" venus de Belgique plus futile que délirante, et plus grave qu'il n'y parait.
(**)
* IN THE AIR (Up in the air) de Jason Reitman (USA) (sortie le 27 janvier). Quand romantisme et ressources humaines ne font pas bon ménage dans la vie, ça se voit aussi à l'écran. Avec un Clooney qui ne clowne même pas... triste, forcément.
* LES CHÈVRES DU PENTAGONE (The men who stare at goats) de Grant Heslov (USA) (sortie le 10 mars). Pas de scénar', pas d'enjeux, pas d'intrigues... pas d'intérêt. Si, celui plus prévisible mais déjà vu d'un George Clooney allumé et d'un Jeff Bridges coolisé.
* HORS DE CONTROLE (Edge of darkness), de Martin Campbell (USA/GB) (sortie le 17 février). On ne retiendra de cette énième histoire de vengeance teintée de machination à l'issue alambiquée que le retour face à la caméra de Mel Gibson. Mad Max n'avait plus joué les acteurs... depuis 2002 dans Signes. Un événement finalement ce film.
* L'ARNACOEUR de Pascal Chaumeil (France) (sortie le 17 mars). Nouvelle comédie française glamour très Monte Carlo avec son duo Paradis/Duris. C'est très kitsch, médiocre et dispensable donc.
* SANS LAISSER DE TRACES de Grégoire Vigneron (France/Belgique) (sortie le 10 mars). Voici l'actuel exemple parfait et éprouvé du mauvais thriller français. Un type propre sur lui (Magimel) se voit encombrer d'un partenaire fortuit à l'existence et au profil totalement impensable (Demaison). Après, il ne reste plus qu'à avoir du fil blanc et coudre....
* I LOVE YOU PHILIP MORRIS de Glenn Ficarra et John Requa (USA) (sortie le 10 février). C'est ça la comédie revigorante du printemps ? Juste une variante gay d'Arrête-moi si tu peux sans Spielberg aux commandes. Caricatural à l'excès, grotesque. Et un Jim Carrey même plus drôle.
* CRAZY NIGHT (Date night) de Shawn Levy (USA) (sortie le 12 mai). Du Steve Carell tout craché - à savoir que c'est pas la folie de Pierre Richard ni même Adam Sandler - pour un scénario inenvisageable, mais les Ricains l'ont fait.
* LE LIVRE D'ELI (The book of Eli) de Albert & Allen Hughes (USA) (sortie le 20 janvier). L'idée était à peu près bonne mais sur le terrain, apocalypse et foi ne forment pas un ménage alléchant. Avec un Denzel pas des plus à l'aise en solitaire justicier.
* PREDATORS de Nimrod Antal (USA). Après le nullissime Blindés, le réalisateur d'origine hongroise Nimrod Antal effectue un second désastre en 2010 : celui de réadapter (façon Cube) l'oeuvre de MacTiernan avec en tête d'affiche un improbable Adrien Brody (comme on regrette Schwarzie!) et un predator dénué de toute sa splendeur d'antan. Pénible jusqu'au bout.
* FROM PARIS WITH LOVE de Pierre Morel (France) (sortie le 17 février). Est-il encore nécessaire de rappeler la recette du cinéma gerbant de Luc Besson producteur ? Voici : un réalisateur français et sans personnalité (ici celui de Taken, autre succulent nanar), une vedette américaine gonflée à la testostérone (ici le définitivement dispensable John Travolta), et, bien entendu, un scénar' top musclé et écervelé qui ne s'embarrasse pas en fioritures ni crédibilité. Tout un art.
(*)
* BLINDÉS (Armored) de Nimrod Antal (USA). Des convoyeurs de fonds se la jouent Tony Musulin pour un auto-braquage qui vire au huis-clos grotesque. Autre bizarrerie est le casting, hétéroclite et couillu : Matt Dillon, Jean Reno, Lawrence Fishburne, Milo "Peter Petrelli" Ventimiglia, Fred Ward, Skeet Ulrich.
* LEGION - L'ARMÉE DES ANGES (Legion) de Scott Charles Stewart (USA). Un énième et dégradant film d'action où l'humanité, prise pour cible par un exterminateur improbable, est représentée par une poignée de Ricains retranchés dans une station-service. Ça discute, ça se bagarre entre anges, avec des zombies aussi on dirait. Y'a comme des relents d'appel à une nouvelle forme de foi. Bref, moisi de bout en bout. (la critique)
* QUE JUSTICE SOIT FAITE (Law abiding citizen) de F. Gary Gray (USA). Un direct to DVD qui mérite surtout un direct aux égouts, tant cette histoire de vengeance est grotesque (quel euphémisme). Une bouse, une vraie, que l'on regarde très vite comme une parodie. Avec les hilarants Gerard Butler en Keyzer Söse et Jamie Foxx en procureur contrarié.
Les réalisateurs

* Plus que jamais ambitieux, méticuleux, innovant et dévoué à son Art, Martin Scorsese réalise avec Shutter Island un vingt-cinquième film fou, surexcité, cinématographiquement virtuose qui transcende ses comédiens et déstabilise le spectateur. Un exercice de style implacable de la part du boss incontestable du ciné US.
* On peut avoir 80 ans cette année et rester vigoureux et fringant d'esprit. Cette jeunesse qui semble éternelle permet à Clint Eastwood de maintenir un rythme de tournage incroyable tout en diversifiant les sujets traités et maintenant une portée émotionnelle forte. Invictus est en ce sens superbe au travers du portrait d'une Afrique du Sud décloisonnée de l'Apartheid par son mentor Nelson Mandela. La réunification fragile des couleurs autour du rugby est magistralement mise en scène. Papy Le bon Clint nous surprendra toujours... et encore sans doute avec Hereafter, son thriller fantastique qu'il tourne cette année.
Les comédiens

* Natalie Portman dans Brothers : devenue femme, l'ado orpheline du Léon de Besson (il y a déjà quinze ans) trouve un premier grand rôle mature dans lequel elle exprime une force plutôt inattendue.
* Leonardo DiCaprio dans Shutter Island : ce n'est plus une surprise, mais il est juste et nécessaire de rappeler que le sex symbol romantique du Titanic, devenu mâle et mature sous la houlette de ses rôles scorsesiens, est peut-être le meilleur acteur actuel. Et il n'a que 35 ans... Vous votez toujours pour les meilleurs films de Leo ici.
Avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, ...
Année de production : 2010
Il est de ces réalisateurs qui se sont promis de toucher à tous les genres. Dans cette voie, si la félicité atteinte par un Stanley Kubrick est inégalable, la pugnacité de James Mangold est à louer. Après le policier (Copland avec Stallone et De Niro, son film le plus populaire), le drame (Une vie volée), le truc romantique (Kate & Léopold), le thriller fantastique (Identity), le biopic (Walk the line sur le chanteur Johnny Cash, de loin son meilleur film à ce jour) et le western (3h10 pour Yuma, peut-être le pire à ce jour), le voici qui se confronte à la comédie d’action. Force est de constater qu’avec Night and day, Mangold s’acquitte honorablement et efficacement de sa tâche. Aucun des ingrédients qui font le succès de ce type de films sans interlignes ni lendemain n’est omis : le synopsis est périmé mais ça passe (un séduisant agent secret se voit embarrassé d’une jolie blonde au beau milieu d’une mission hyper dangereuse), les cascades plus mortelles les unes que les autres sont sans séquelles (trop fort), les agents du FBI sont des méchants, les contrées les plus pittoresques du globe sont prétextes à de trépidantes aventures (l’Autriche enneigée, Séville l’andalouse, une mystérieuse et minuscule île paradisiaque), les répliques et dialogues sont percutants et bien balancés (ça c’est pas toujours le cas), l’idylle entre nos deux tourtereaux est inévitable. Et pour que le concept fonctionne, encore faut-il, outre la nécessité que le film sorte en été, qu’il réunisse un duo de vedettes imparable. Avec Tom Cruise et Cameron Diaz en têtes d’affiche, il n’était guère possible de faire plus accrocheur et glam'. Tom joue à la perfection les James Bond invincibles pendant que Cameron papillonne des yeux doux comme elle sait le faire si spontanément. C’est donc hyper tonique, drôle, sans temps morts, sans grandes surprises non plus, mais il aurait pu y en avoir de mauvaises. Le divertissement estival par excellence. Point.
Et si, comme moi, vous vous posiez la question du pourquoi de ce titre, l’explication est assez consternante. Son intitulé original n’est pas Night and day mais Knight and day. Le "k" ne transforme pas la "nuit" en "chevalier" (quoique) mais fait référence à un élément du film que vous découvrirez si vous êtes attentifs. Le tout comporte ainsi un jeu de mot faciel mais acceptable. Sauf que les distributeurs français ont éjecté le "k" et simplement juxtaposé le "jour" et la "nuit", ce qui n’a plus de sens particulier par rapport au contenu du film.
Avec Tom Cruise, Cameron Diaz, Peter Sarsgaard, ...
Année de production : 2010
Révélé grâce au musclé Training day qui offrit à Denzel
Washington l’Oscar du meilleur acteur en 2002, le réalisateur (afro-)américain
Antoine Fuqua s’était depuis égaré dans des productions aléatoires (Les larmes
du soleil avec l’impensable duo Bruce Willis-Monica Bellucci) ou médiocres
(Shooter - Tireur d’élite avec Mark Wahlberg). Avec L’élite de Brooklyn, il
retrouve la crédibilité grâce au (seul) genre qu’il maîtrise : le policier
pur et dur. Le risque de se planter à nouveau était toutefois réel, car il
s’agit ici d’un film choral, dont il n’est jamais aisé de maintenir densité et
équilibre entre les personnages (d’autant que le film dure plus de deux
heures). Mais Fuqua fait le quasi sans fautes en immergeant avec conviction sa
caméra dans un poste de police et les inquiétantes rues de Brooklyn. Celle-ci
va suivre les trajectoires périlleuses de trois flics en perte de
contrôle : l’un est en train de basculer de l’autre côté de miroir pour
subvenir aux besoins financiers de son foyer, le second est totalement désabusé
après une longue et merdique carrière, tandis que le dernier sent qu’il ne peut
plus gérer sa position d’infiltré. La pression et la réalité du terrain sont
parfaitement suggérées, si bien que suspens et attrait restent constants de
bout en bout. Par moments, on se croirait presque chez Scorsese, c’est dire.
L’élite de Brooklyn a par ailleurs le mérite d’offrir à Richard Gere un
personnage de loser brisé, loin de se son image de séducteur malicieux et
grisonnant dont il ne s’est que trop rarement écarté. Ethan Hawke, vu récemment
dans Daybreakers, confirme qu’il n’est jamais aussi à l’aise et intéressant que
dans la peau du galérien autodestructeur (7h58 ce samedi-là, Little New York).
On saura également apprécier la prudence révoltée de Don Cheadle ainsi que la
sobriété rare de Wesley Snipes.Avec Richard Gere, Don Cheadle, Ethan Hawke, ...
Année de production : 2009
Dans un futur proche, une épidémie a ravagé la planète.
L’homme s’est vampirisé accordant ainsi un comportement plus… humain aux
mutants. La société a ramené l’être humain au rang de bête sauvage. Celui-ci
est traqué et exploité pour sa matière première vitale à la survie des
vampires : le sang. Sur le papier, cette énième variante autour de ce
mythe inaltérable et plus que jamais en vogue au cinéma fleure pourtant bon
l’idée neuve et intrigante. Ce Daybreakers, signé des frères-réalisateurs
Michael et Peter Spierig qui mettent en scène leur propre scénario, est
brillant et plein de personnalité dans sa première demi-heure. La description
du "Vampire-tout-le-monde" est proprement mise en scène : il travaille (de
nuit bien-sûr), est discipliné et maîtrise ses instincts. Mais il peut aussi
être sans domicile fixe et, si ses pulsions primaires sont trop explicites, est
vite réprimé par les forces de l’ordre, elles-mêmes vampiriques vous l’aurez
compris. Le décor est ainsi habilement planté et impose une ambiance glaciale et
bleutée cristallisée par l’apparition d’un Ethan Hawke aux yeux de chat (signe
caractéristique des vampires) dont la silhouette aseptisée renvoie à celle
qu’il campait dans Bienvenue à Gattaca. Dans la même veine frigorifiante, on
remarquera la résurrection d’un comédien que l’on pensait disparu en la
personne de Sam Neill (Calme blanc, Jurassic Park, L’antre de la folie). Passé
ce cap des présentations, l’intrigue mise en place se révèle hélas
particulièrement faiblarde (l’apparition de Willem Dafoe marque ce tournant
irréversible). Le "remède" proposé par le duo de frangins est
également décontenançant d’invraisemblance et explique en partie l’anonymat dégagé par
Daybreakers qui avait pourtant les moyens - par moins de conformisme - de se
distinguer de l’envahissant concurrent du moment qu’est la saga plan-plan Twilight.Avec Ethan Hawke, Sam Neill, Willem Dafoe, ...
Année de production : 2009
Sorti en salles il y a quinze jours, Repo men est pourtant
quasiment invisible car largement sous-exploité. Et c’est bien dommage, car ce
thriller de science-fiction saignant méritait mieux. Réalisé par un novice,
Miguel Sapochnik (qui a vaguement travaillé sur les premiers films de Danny
Boyle), ce film au titre énigmatique (Repo pour repossession (en vo), soit "récupérateurs") nous plonge dans un univers futuriste
particulièrement obscur. L’Union est une multinationale qui commercialise des
organes artificiels à prix fort et à crédit. D’intérêt sanitaire et publique
penserait-on. Il n’en est rien, bien-sûr, car la toute-puissante Union pourra
récupérer en toute légalité son produit dès lors que le client ne peut plus
acquitter ses créances ; ce qui arrive souvent. D’où les récupérateurs du
titre, dont le profil s’apparente plus à celui d’un boucher que d’un
chirurgien. Globalement réaliste sur les convictions malveillantes, cupides et
misanthropes d’une humanité autodestructrice, Repo men suggère l’univers
moderne (cuir et métal) et glauque de Minority report (la maestria de la mise
en scène en moins). D’ailleurs, le personnage central incarné par Jude Law
subit des déboires fort similaires à ceux rencontrés par Tom Cruise dans l’œuvre référence de Steven Spielberg. La
course-poursuite engagée (n’omettons pas la présence de l’affûté Forest
Whitaker) fera également écho au modèle Blade runner (avec rôles inversés),
tandis que l’un des grands moments d’action du film est un clin d’œil direct et
bien mené à Old boy. En cet été omni-Inception qui commence à (me) lasser, Repo
men offre une alternative plus discrète, au moins aussi efficace voire
surprenante, et bien plus grand public. Y’a plus qu’à.Avec Jude Law, Liev Schreiber, Forest Whitaker, ...
Année de production : 2010
